Il y a des problèmes de riche ( ou de pauvre), et il y a des problèmes de geek. Le mien tient en une phrase : depuis que je suis passé à un tarif électrique à trois vitesses, je ne sais jamais quelle heure il est.
Enfin si, je sais quelle heure il est. Mais je ne sais jamais si c’est le bon moment pour lancer le lave-vaisselle.
Trois tarifs, et un cerveau qui ne suit pas
Mon contrat, c’est le tarif Flextime d’Empower. Le principe est simple sur le papier : trois niveaux de prix selon le moment de la journée. En semaine, ça donne ceci :
- Heures super-creuses (€) : de 1h à 7h
- Heures creuses (€€) : de 11h à 17h et de 22h à 1h
- Heures pleines (€€€) : de 7h à 11h et de 17h à 22h
Sauf que le week-end, les plages changent : les super-creuses avalent le milieu de journée et les heures pleines disparaissent complètement. Ajoutez à ça des créneaux à cheval sur minuit, et au bout d’un mois je n’avais toujours pas la grille en tête.
Résultat : soit je lançais la machine au pif, soit j’allais rouvrir le PDF du fournisseur sur mon téléphone pour la quinzième fois. Pour un truc censé me faire économiser de l’argent, ça commençait à me coûter cher en charge mentale.
Le pire, c’est que l’info est totalement binaire. Je n’ai pas besoin d’un tableau, d’une courbe, d’un historique de consommation. J’ai besoin de savoir maintenant, oui ou non. Et accessoirement : dans combien de temps ça change.
Le DakBoard de la cuisine
Il se trouve que j’ai déjà un écran accroché dans la cuisine, sous DakBoard. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un système de tableau de bord mural : vous composez une page avec des blocs (météo, calendrier, photos, actus) et vous l’affichez sur un vieil écran ou une tablette recyclée. Le genre de projet qu’on fait un dimanche et qu’on ne regrette jamais.
DakBoard sait afficher n’importe quelle page web dans un bloc. Donc il me suffisait d’une page web. Et là, autant vous dire que je n’allais pas chercher une solution commerciale à 4 € par mois pour afficher une information que mon lave-vaisselle connaît déjà.
Ce que ça affiche, et pourquoi c’est bête à ce point
Le cahier des charges tenait en trois lignes : lisible depuis la table, compréhensible en une demi-seconde, aucune dépendance à un serveur.
Le résultat : tout le fond de l’écran prend la couleur du tarif en cours. Orange pour les heures super-creuses, turquoise pour les creuses, vert foncé pour les pleines. Je n’ai même pas besoin de lire, je vois la couleur du coin de l’œil en passant.
Ensuite, en gros, le nom du tarif, le prix en symboles € (un, deux ou trois), et surtout le compte à rebours : « Encore 2 h 28 → Heures creuses à 17:00 ». C’est cette ligne qui a changé mes habitudes. Savoir qu’il reste vingt minutes avant la bascule, ça vous fait attendre. Savoir qu’il reste quatre heures, ça vous fait lancer la machine plus tard, sans y penser.
En bas, un ruban qui représente les 24 heures de la journée avec un curseur à l’heure actuelle. D’un coup d’œil, on voit si la prochaine fenêtre pas chère est dans vingt minutes ou dans six heures.
Le tout tient dans un seul fichier HTML. Pas de base de données, pas d’API, pas de compte, pas de serveur. La grille tarifaire est écrite en dur dans le fichier, le calcul se fait dans le navigateur avec l’horloge de l’appareil. Même si ma box internet tombe, l’écran continue d’afficher juste. Et les changements d’heure été/hiver sont gérés tout seuls, vu que c’est l’heure système qui fait foi.

Le making-of : une soirée, et beaucoup de conversation
Vous vous souvenez de mon billet sur l’utilisation de l’IA pour écrire ici ? Voilà le volet code, celui que je vous avais promis.
J’ai décrit le problème à Claude, collé la capture de la grille tarifaire de mon fournisseur, expliqué que ça devait s’afficher dans DakBoard et être lisible de loin. J’ai eu une première version fonctionnelle en quelques minutes.
Et là, la vitesse n’est pas vraiment le sujet. Ce qui prend du temps, sur ce genre de bricole, ce n’est pas d’écrire le code : c’est de savoir ce qu’on veut. Combien de couleurs ? Est-ce qu’on affiche l’heure ? Est-ce qu’un compte à rebours sert à quelque chose ou est-ce que ça fait juste joli ? Ces questions-là, personne ne peut y répondre à ma place, parce que la réponse dépend de ma cuisine, de la distance entre la table et l’écran, et de qui d’autre va regarder ce truc tous les matins.
Est-ce que je saurais réécrire ce fichier ligne par ligne tout seul ? Non. Est-ce que je comprends ce qu’il fait ? Oui, entièrement, parce que je l’ai lu et que j’ai posé des questions au fur et à mesure. La différence entre les deux me semble être exactement là où se joue le débat sur le vibe coding, mais c’est un autre article.
Et pour vous : le générateur
Comme mon fichier ne sert qu’à mon fournisseur, j’ai fait une deuxième page : un générateur.
Vous définissez vos tarifs (nom, couleur, niveau de prix), puis vous peignez vos heures sur une grille de 24 cases en cliquant dessus. Deux lignes par défaut, semaine et week-end, avec la possibilité de passer à sept jours séparés si votre fournisseur fait des distinctions plus fines. Un aperçu à droite montre le rendu final en direct, avec un curseur pour scruter les 24 heures et vérifier chaque bascule avant de télécharger.
Puis vous téléchargez votre fichier HTML. Il est à vous, il ne dépend de rien, et personne ne collecte quoi que ce soit — tout se passe dans votre navigateur.
👉 Le générateur, c’est par ici
Le truc que je ne savais pas : ça tombe pile pour la Wallonie
Et c’est là que je me suis pris une petite claque en préparant cet article. ( du coup j’en ai profiter pour changer mon abonnement)
Depuis le 1er janvier 2026, la Wallonie propose un nouveau tarif de distribution baptisé Impact, en option, à côté du monohoraire et du bihoraire. Sa structure ? Trois plages horaires :
- ECO (€) : de 1h à 7h et de 11h à 17h
- MEDIUM (€€) : de 7h à 11h et de 22h à 1h
- PIC (€€€) : de 17h à 22h
Remontez trois paragraphes et relisez la grille de semaine de mon fournisseur luxembourgeois. C’est exactement la même chose. Heure pour heure, découpage pour découpage. Ce qui, quand on y pense, n’est pas un hasard : les deux répondent au même problème physique, à savoir le pic de consommation du soir quand tout le monde rentre du boulot, et le creux de milieu de journée quand le solaire produit à fond.
Bref : si vous êtes en Wallonie et que vous envisagez le tarif Impact, le générateur charge cette grille par défaut. Vous n’avez rien à peindre, juste à renommer les tarifs et à télécharger.
Quelques précisions avant que vous ne fonciez, parce qu’il y a des astérisques. Impact ne concerne que la partie distribution de la facture, soit environ un quart du montant total. Il faut un compteur communicant avec la fonction communicante activée, et une puissance de raccordement sous 56 kVA. Et il faut passer par votre fournisseur pour en faire la demande — par défaut, vous restez sur votre tarif actuel. ORES annonce, pour une famille de quatre avec voiture électrique qui recharge 80 % du temps en heures ECO, environ 224 € d’économie annuelle par rapport au monohoraire. Un simulateur officiel existe sur tarifimpact.be pour voir ce que ça donne chez vous.
Et pour ceux qui restent sur le bon vieux bihoraire : lui aussi a changé au 1er janvier. Les heures creuses couvrent maintenant 11h-17h et 22h-7h, 7 jours sur 7, la distinction week-end a sauté. Si vous programmiez encore vos machines selon la règle « nuit et week-end » apprise il y a quinze ans, il est temps de revoir vos réflexes. Là aussi, deux couleurs dans le générateur et c’est réglé.
Où le mettre une fois généré
Le fichier ne demande aucun serveur, donc n’importe quel hébergement statique gratuit fait l’affaire : GitHub Pages, Netlify Drop, Cloudflare Pages. Vous déposez le fichier, vous récupérez une adresse, et dans DakBoard vous ajoutez un bloc Web Page qui pointe dessus.
Et si vous n’avez pas de DakBoard, ça marche tout aussi bien en onglet épinglé sur un vieux portable posé dans la cuisine, ou sur une tablette Android à 40 € en mode kiosque. C’est même probablement le meilleur usage restant pour cette tablette qui prend la poussière dans votre tiroir depuis 2019.
Bilan après quelques semaines
Je ne vais pas vous mentir sur les économies : sur une facture, décaler quelques machines ne va pas vous payer des vacances. Mais ce n’est pas vraiment le sujet.
Ce qui a changé, c’est que je ne réfléchis plus. L’info est là, au mur, tout le temps, et mon cerveau l’a intégrée sans effort. C’est peut-être ça, le vrai truc avec les écrans d’information : ce n’est pas la donnée qui compte, c’est de ne plus avoir à aller la chercher.
Et vous, vous en êtes où avec ces nouveaux tarifs ? Vous êtes passés à Impact, resté au bihoraire, ou vous avez tenté le tarif dynamique pur et dur avec les prix qui changent toutes les heures ? Et surtout : qui d’autre a un écran d’info bricolé dans sa cuisine, et qu’est-ce qu’il affiche ?
Racontez-moi ça en commentaire, ça m’intéresse toujours de voir ce que les autres bricolent.
